Découverts mondialement mais encore mystérieux, les jingmenvirus sont des virus segmentés apparentés aux flavivirus dont le potentiel zoonotique reste sous-étudié faute de modèles de laboratoire.
Un obstacle que ce projet propose de lever en développant un système de réplication inédit.
JING-LAB est financé dans le cadre de l'Appel à projets pépinière d'excellence 2025 AMIDEX.
Objectifs
Les jingmenvirus sont apparentés aux flavivirus mais ont la particularité d’avoir un génome segmenté. Jingmen tick virus (JMTV) a été le premier flavivirus à 4 segments découvert, dans des tiques de Chine. De l’ARN et des anticorps anti-JMTV ont ensuite été détectés dans le monde entier en arthropodes et mammifères, dont des bovins et très occasionnellement des humains fébriles mordus par des tiques (risque de zoonose). D’autres virus segmentés apparentés ont été découverts dans une large variété d’échantillons (tiques, vertébrés, plantes, insectes…) et regroupés dans le groupe des jingmenvirus. La plupart des publications sur les jingmenvirus sont des études métagénomiques avec des données sous-exploitées qui décrivent de nouvelles séquences génomiques. La biologie des jingmenvirus, les mécanismes biochimiques et moléculaires qui les régissent sont inconnus. Malgré ces caractéristiques alarmantes (apparentés aux flavivirus, segmentation, ubiquité, cas sporadiques de maladie fébrile en humain, arbovirus, potentiel de zoonose), les jingmenvirus sont sous-étudiés notamment car il n’existe pas de modèle d’infection pour JMTV au laboratoire. Nous proposons de mettre en place un modèle de réplication pour ce virus en cellules de tiques et/ou de vertébrés, à partir de broyats de tiques déjà identifiés comme positifs pour JMTV. Ce modèle pourra ensuite permettre la caractérisation complète de ces virus hors du commun et sous-étudiés.
Impacts
Les données générées par ce projet grâce au financement par la Pépinière d'excellence 2025 permettront pour la première fois la caractérisation de la réplication de JMTV in vitro dans un modèle de laboratoire.
Dans le meilleur des cas nous obtiendrons un ou plusieurs modèles de réplication en laboratoire pour ce virus, en cellules de tiques et/ou en cellules de vertébrés. Nous pourrons alors ajouter JMTV à la liste des ressources virologiques rendues disponibles à la communauté scientifique par la plateforme logistique European Virus Archive (EVAG), qui produit et distribue du matériel pour la recherche en virologie, pour laquelle l’UVE est un partenaire fondateur.
Dans tous les cas, notre caractérisation systématique et complémentaires des surnageants de culture et des cellules inoculées nous permettra d’obtenir des données précises sur les mécanismes de réplication ou de restriction de réplication dans différentes lignées cellulaires, même si ces données sont limitées à un seul cycle de réplication, par exemple après une transfection. Les différentes conditions testées (lignées de cellules knockouts, températures, infections vs transfections, transitoire vs persistant) permettront également de caractériser les mécanismes liés à la potentielle restriction de réplication in vitro, ce qui n’a jamais été étudié auparavant.
Nous génèrerons des données sur la contribution des différents segments à la réplication à différents moments de l’infection, ce qui jusqu’à présent est inconnu. Ces résultats permettront de renforcer ou affaiblir l’hypothèse que ces virus sont multipartites, en y liant la notion de formule génomique. En effet les populations de virus multipartites s'accumulent à des fréquences spécifiques pour chaque segment et ces fréquences varient selon l'hôte infecté. Cette caractéristique pourrait être un facteur facilitant le le changement d'hôte et mérite donc d’être étudiée en profondeur, ce que nous pourrons faire ici.
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